Homme pensif devant un ordinateur portable.

Le bore-out : que faire lorsque le travail nous ennuie

Perdre tout intérêt pour son activité professionnelle, ressentir une profonde lassitude au travail ou encore s’ennuyer quotidiennement sur son poste ne sont pas des situations anodines. Ces symptômes peuvent être les signes d’un bore-out, un trouble encore méconnu mais aux conséquences psychologiques très réelles. Contrairement au burn-out, le bore-out se manifeste non pas par un excès, mais par un manque de charge, de stimulation ou de sens dans son travail. Ce phénomène touche un nombre croissant de salariés, bien que peu d’entre eux en aient pleinement conscience.

Comment reconnaître un bore-out

Le bore-out se caractérise par plusieurs symptômes récurrents : une fatigue constante malgré une faible activité professionnelle, une baisse de l’estime de soi, une perte de motivation, de la procrastination, ainsi qu’un désintérêt progressif pour les responsabilités confiées. Une personne concernée peut également ressentir une forme d’angoisse à l’idée d’aller travailler, associée à un sentiment de culpabilité ou de honte dû au manque d’implication apparent.

Ces sensations s’installent souvent lentement et peuvent facilement être confondues avec une simple lassitude ou un stress modéré. Cependant, lorsque l’ennui au travail devient chronique, qu’il perturbe la vie personnelle et entraîne des troubles émotionnels tels que l’irritabilité ou la tristesse, il est essentiel d’envisager le bore-out comme une explication possible.

Comment savoir si on fait un bore-out

L’une des solutions les plus fiables pour en avoir le cœur net consiste à se poser une série de questions en lien avec sa charge de travail, la reconnaissance reçue, la nature des tâches exécutées et la perception de son utilité. Se sent-on inutile dans l’entreprise ? A-t-on le sentiment que ses compétences sont sous-exploitées ? Est-ce que les journées semblent interminables malgré l’absence de difficulté réelle à effectuer sa mission ? Si la réponse est positive à plusieurs de ces questions, il est pertinent de suspecter un bore-out.

Un autre signal d’alerte réside dans l’écart entre le niveau de qualification du salarié et le travail qu’il effectue. Lorsqu’un poste est largement en dessous des capacités professionnelles de la personne, cela peut générer démotivation, frustration et isolement. Dans ces cas de figure, l’intervention d’un professionnel tel qu’un psychologue du travail peut permettre d’approfondir le diagnostic et d’envisager des pistes d’action adaptées.

Comment se sortir d’un bore-out

Femme écrivant à un bureau, ordinateur portable ouvert.

Le premier réflexe est d’en parler. Un échange avec un responsable direct ou avec les ressources humaines peut ouvrir la possibilité d’un aménagement du poste, d’une mobilité interne ou de nouvelles responsabilités. Le sentiment d’inutilité étant central dans le bore-out, réintroduire du sens et une vraie utilité dans le travail est un levier déterminant.

Dans certains cas, il peut être judicieux d’envisager un changement d’environnement professionnel ou même de secteur d’activité. Suivre une formation ou se reconvertir peut remettre en mouvement, redonner de la perspective et réactiver l’engagement professionnel. Si ces perspectives semblent difficiles à mettre en place sans accompagnement, solliciter un coach ou un thérapeute spécialisé en souffrance au travail peut grandement faciliter le processus.

Comment prouver le bore-out ?

À la différence d’un burn-out, qui présente des signes physiologiques parfois visibles (épuisement, arrêt maladie, hospitalisation), le bore-out est plus difficile à démontrer. Il n’existe pas encore de reconnaissance officielle du trouble dans les classifications médicales. Toutefois, des tribunaux ont commencé à reconnaître le lien entre inactivité professionnelle prolongée et détresse psychologique.

Pour construire un dossier solide, il est recommandé de conserver des preuves datées : mail attestant d’un manque de tâches, échanges avec la hiérarchie concernant la charge de travail, évaluations internes non suivies d’effet, entretiens professionnels sans suite concrète. Un certificat médical attestant d’un mal-être psychologique peut également renforcer cette démarche. Des données factuelles seront indispensables si l’on souhaite faire valoir ces éléments dans un cadre juridique ou administratif.

Une réalité chiffrée sous-estimée

Selon diverses études sur la souffrance mentale au travail, une fraction significative des salariés avouent ne pas être sollicités à la hauteur de leurs compétences ou ne pas se sentir utiles dans leur entreprise. Pour une analyse plus complète, les données disponibles sur la santé mentale au travail permettent de mieux cerner l’ampleur du bore-out et de ses variantes. Ces chiffres confirment qu’il ne s’agit pas d’un épiphénomène, mais d’une difficulté professionnelle structurelle bien ancrée dans certains milieux organisationnels.

Emmeline Madier
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