Coup de cheveux dans un salon chic.

Barber shops vs salons de Ccoiffure : la guerre des ciseaux à 10 Euros !

Face à la multiplication des barber shops proposant des coupes à très bas prix, les coiffeurs traditionnels dénoncent une concurrence déloyale et une « ubérisation » de leur métier, les poussant à manifester le 30 juin à Paris. La principale différence mise en avant réside dans le respect de la réglementation : les salons de coiffure sont soumis à de lourdes charges, des exigences de diplômes et des règles strictes, tandis que de nombreux barber shops sont soupçonnés d’opérer dans l’illégalité.

Le choc des modèles économiques

La colère des coiffeurs est alimentée par une distorsion de concurrence jugée insupportable. D’un côté, un salon traditionnel facture une coupe pour homme environ 24 euros pour couvrir ses charges, incluant les salaires, les cotisations sociales, la TVA à 20% et l’électricité. De l’autre, de nombreux barber shops affichent des tarifs défiant toute concurrence, souvent autour de 10 euros la coupe.

Les professionnels du secteur s’interrogent sur la viabilité de tels prix sans recourir à des pratiques illégales. Les accusations portées par l’Union Nationale des Entreprises de Coiffure (Unec) sont graves :

  • Travail dissimulé : de nombreux établissements n’auraient pas de contrats de travail pour leurs employés.
  • Fraude fiscale : ils ne paieraient pas d’impôts et n’appliqueraient pas la TVA.
  • Non-respect des règles : paiements uniquement en espèces, ouverture le dimanche et la nuit, en dehors de tout cadre légal.

Christophe Doré, président de l’Unec, résume la demande de la profession par le slogan : « Même métier, mêmes règles ! ».

Une réglementation assouplie et des contrôles insuffisants

Ce phénomène s’est accentué depuis 2023, suite à l’application d’une directive européenne qui a assoupli les conditions d’installation. Auparavant, un brevet professionnel (BP) était nécessaire pour ouvrir un salon. Désormais, un CAP Coiffure accompagné de trois ans d’expérience sur le sol européen suffit.

Bien que cette mesure visait à libéraliser le secteur, les coiffeurs estiment qu’elle a ouvert la porte à des dérives, d’autant que les contrôles promis par les services de l’État se font rares. Des opérations ponctuelles ont toutefois confirmé ces soupçons, comme à Annemasse où cinq barber shops ont été épinglés pour travail dissimulé en mars.

Un secteur traditionnel fragilisé

Cette concurrence arrive dans un contexte économique difficile pour les salons de coiffure traditionnels. Déjà frappés par la hausse des coûts de l’énergie et des matières premières, ils font face à une clientèle qui espace de plus en plus ses visites. En 2023, le secteur a enregistré plus de 1 100 défaillances d’entreprises, un chiffre en hausse par rapport à la période d’avant-Covid. Les coiffeurs demandent donc non seulement des contrôles accrus, mais aussi une baisse des charges qui « étouffent » la profession.

Emmeline Madier
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